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Le tabouret à trois pattes : Est-il toujours debout ?

par Janice Holman, Responsable de la pratique de la contribution définie et du mieux-être financier, Eckler

Lorsque le tabouret à trois pattes, une métaphore utilisée depuis longtemps pour décrire les sources les plus courantes de revenu de retraite (épargnes personnelles, régimes de retraite et épargnes parrainés par l'entreprise, programmes gouvernementaux) a été conçu, on s'attendait à ce que chaque jambe demeure en équilibre avec les autres, chacune contribuant à l'objectif commun : une retraite sûre. Cela fait près de trois décennies qu'un actuaire a utilisé ce terme pour la première fois. Il est temps de jeter un autre coup d'œil à la façon dont ce tabouret tient le coup. Les jambes sont-elles toujours en équilibre ? Le tabouret est-il toujours debout ?

Commençons par reconnaître que les Canadiens sont aux prises avec leurs finances. Selon la récente recherche d'Eckler sur le bien-être financier en milieu de travail, plus de la moitié des employés canadiens ressentent un certain degré de stress au sujet de leurs finances, et près du tiers d'entre eux le décriraient comme un niveau élevé de stress.

Bien des années plus tard, ce tabouret à trois pattes soutient une société qui doit composer avec des niveaux d'endettement records, des obligations financières et personnelles multiples et un soutien ou des connaissances financières limitées pour gérer tout cela.  

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Signes d'usure 
Selon Statistique Canada, à la fin de 2018, les Canadiens avaient une dette sur le marché du crédit de 1,79 $ pour chaque dollar de revenu disponible des ménages. En fait, le Canada se classe au cinquième rang des pays industrialisés pour ce qui est du ratio de la dette des ménages au revenu. Seuls la Suisse, la Norvège, les Pays-Bas et le Danemark ont des ratios plus élevés.

Évidemment, le fait d'avoir plus de dettes que de revenu disponible rend très difficile l'épargne pour l'avenir. Statistique Canada a signalé en 2018 que le taux d'épargne des ménages — la proportion du revenu disponible restant après les dépenses — était en moyenne de 1,4 % sur l'année. Lorsque vous combinez nos niveaux élevés d'endettement avec une longévité accrue et des taux d'intérêt à long terme à la baisse, il devient de plus en plus difficile de mettre suffisamment d'argent de côté pour la retraite. En fait, pour les Canadiens qui n'ont pas de régime de retraite d'employeur, 3 000 $ représentent l'épargne-retraite médiane des personnes qui approchent de la retraite[1].

D'autres facteurs entrent également en jeu. Pour de nombreux Canadiens, comprendre et gérer de multiples actifs et obligations financières est une tâche complexe et intimidante, c'est pourquoi nous procrastinons. Bon nombre d'entre nous en sont coupables, surtout lorsqu'il s'agit de planification de la retraite.

La mesure dans laquelle les gens comprennent bien l'information financière est un autre problème. De plus en plus, le Canadien moyen doit prendre une foule de décisions financières au sujet de son régime de retraite ou de son régime d'épargne personnel au travail et doit en assumer les conséquences.

Selon le Conseil canadien sur l'apprentissage, 57 % des Canadiens ont un niveau de compétence de niveau deux ou moins en mathématiques. Cela signifie que plus de la moitié des Canadiens auraient de la difficulté à comprendre l'information financière qui n'est pas présentée dans les termes les plus élémentaires.

Si l'on ajoute à cela un niveau variable de compétence dans la compréhension de documents financiers typiques comme les tableaux et les graphiques, il devient de plus en plus inquiétant de constater que les communications des institutions financières et des employeurs ne sont généralement pas présentées de la façon la plus efficace possible et qu'elles ne sont peut-être pas suffisantes pour encourager la participation ou favoriser des résultats adéquats en matière d'épargne.

Chancelant mais toujours debout
Bien qu'il incombe de plus en plus à l'individu de gérer son " bien-être financier, " c'est tout le système (le tabouret) qui est en danger si les Canadiens ne sont pas en mesure d'épargner suffisamment pour leur retraite. Les employeurs verront une baisse continue de la productivité ainsi qu'une augmentation d'absentéisme et des coûts des avantages sociaux, tandis que les gouvernements verront une demande accrue de services sociaux et de programmes d'aide gouvernementale comme la Sécurité de la vieillesse et le Supplément de revenu garanti.

Le tabouret à trois pattes a certainement l'air un peu instable, mais il y a des choses qui peuvent être faites pour le soutenir. L'un des soutiens les plus efficaces est l'éducation financière. De plus en plus, les gouvernements et les institutions financières se font les champions d'initiatives d'éducation financière visant à aider les Canadiens à atteindre une retraite plus sûre. Ils ont également reconnu que les programmes d'éducation en milieu de travail sont parmi les plus efficaces. Les employeurs sont une source d'information fiable et les employés veulent recevoir une éducation financière au travail. En fait, selon le sondage d'Eckler sur le mieux-être financier en milieu de travail, 80 % des employés veulent recevoir une certaine éducation financière au travail.

Bien qu'un nombre croissant d'employeurs offrent de l'éducation au travail, l'accent est généralement mis sur la compréhension par les employés de leurs prestations de retraite au travail. Compte tenu des niveaux d'endettement records et des multiples obligations financières et personnelles auxquelles font face de nombreux Canadiens, les employeurs pourraient offrir un meilleur soutien en mettant l'accent sur le concept plus large du mieux-être financier global.

En aidant leurs employés à comprendre et à gérer la situation financière globale, les employeurs s'assurent non seulement que leurs employés ont suffisamment d'argent pour prendre leur retraite quand ils le veulent, mais ils réduisent aussi l'impact du stress financier sur leur productivité au travail et les avantages sociaux de l'entreprise. 

La solution est claire : les gens qui participent activement à la planification et à la gestion de leur santé financière sont plus susceptibles d'atteindre leurs objectifs financiers — c'est une bonne chose pour les gouvernements, les employeurs et les Canadiens — et cela aide à faire en sorte que notre tabouret demeure fermement intact.

[1] Shillington, R., An Analysis of the Economic Circumstances of Canadian Seniors (Rep.). Broadbent Institute. (2016). Retrieved from https://www.broadbentinstitute.ca/an_analysis_of_the_economic_circumstances_of_canadian_seniors 


Holman,-Janice-March-2015.jpg  Janice Holman, Responsable de la pratique de la contribution définie et du mieux-être financier, Eckler 
Janice dirige le groupe de consultation sur les régimes à cotisations déterminées et le mieux-être financier chez Eckler, et elle est l'une des directrices de l'entreprise. Sa passion pour aider les entreprises à concevoir des régimes de retraite et d'épargne efficaces et fournir le soutien dont les membres ont besoin pour atteindre leurs objectifs financiers alimente tout ce qu'elle fait. Ses antécédents en gestion de placements, en communications avec les employés et en consultation en matière de régimes à cotisations déterminées lui permettent d'avoir une vision holistique de la création de solutions pour les clients et de l'engagement avec les membres. Janice travaille avec certaines des plus grandes organisations canadiennes et s'est engagée envers l'industrie des régimes de capitalisation. Elle contribue régulièrement à des publications de l'industrie et est souvent conférencière à des conférences de l'industrie.