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Les retraités des régimes CD : entre le marteau et l’enclume

Les régimes à cotisations déterminées ont, à bien des égards, résolu le problème de l’accumulation.
Les participants bénéficient d’une gouvernance institutionnelle, de portefeuilles diversifiés, de frais réduits et d’un processus décisionnel structuré. Les résultats sont suivis. Les risques sont gérés. Les promoteurs peuvent démontrer l’exercice d’une supervision effective.
Puis, au moment de la retraite, cette structure disparaît en grande partie.
Les participants passent d’un environnement gouverné à un environnement où les décisions deviennent individuelles, où le soutien devient inégal, et où les résultats deviennent incertains — précisément au moment où le risque financier est le plus élevé.
Le système passe d’une gouvernance institutionnelle à une responsabilité individuelle au moment où les résultats deviennent les plus complexes.
Il ne s’agit ni d’un défaut de conception, ni d’un manque de produits.
Il s’agit d’une lacune de gouvernance.
Un problème qui saute aux yeux
Il est important de reconnaître que les résultats des régimes à cotisations déterminées sont souvent limités par le niveau des cotisations. Dans de nombreux cas, c’est l’insuffisance de l’épargne — plutôt que la conception des stratégies d’investissement ou de décumulation — qui constitue le principal déterminant des mauvais résultats à la retraite.
Rien de ce qui suit ne traite directement de cette contrainte structurelle.
Sur papier, le système canadien offre un large éventail de choix. Les participants peuvent transférer leurs avoirs vers des FERR, acheter des rentes ou, dans certains cas, demeurer dans des dispositifs collectifs. Du point de vue de la conception, le système semble complet.
En pratique, la plupart des participants quittent le régime à la retraite pour se tourner vers le marché de détail.
Ce qu’ils y trouvent dépend fortement de leur situation. Ceux qui peuvent accéder à des conseils en bénéficient. Les autres doivent naviguer seuls dans un ensemble de décisions complexes et auxquelles ils ne sont pas familiers. Les frais augmentent généralement lors du passage d’une tarification institutionnelle à des structures de détail. L’éventail des options s’élargit, mais la gouvernance ne suit pas.
Le résultat est un système bien encadré jusqu’à la retraite, mais largement dépourvu de gouvernance par la suite.
On pourrait être tenté d’y voir une lacune en matière de produits ou de cadre réglementaire. Aucune de ces explications n’est toutefois pleinement satisfaisante.
Les éléments de base existent déjà. Les FERR sont bien établis. Les solutions de décumulation collective sont autorisées. Les promoteurs peuvent, s’ils le souhaitent, maintenir les participants dans l’environnement du régime.
Ce qui manque n’est pas la capacité.
C’est un cadre permettant de gouverner les résultats une fois que les participants commencent à percevoir un revenu.
Lorsque la gouvernance s’arrête, le risque, lui, continue
En phase d’accumulation, la gouvernance répond à une question relativement stable : les participants sont-ils en bonne voie pour atteindre un niveau de retraite adéquat ?
En phase de décumulation, la question devient plus complexe — et plus critique :
le revenu perçu est-il soutenable, et comment le saurait-on s’il ne l’était pas ?
Dans la plupart des cas aujourd’hui, il n’existe pas de réponse claire.
Un revenu de retraite ne se dégrade pas à cause d’une seule décision. Il se dégrade sous l’effet de l’interaction de plusieurs risques au fil du temps :
- la séquence des rendements
- le comportement de retrait
- la longévité
Ces risques sont bien compris individuellement. Ce qui l’est moins, c’est la manière dont ils interagissent pour des participants réels, à travers le temps.
Deux participants peuvent prendre leur retraite avec des montants similaires et suivre une même trajectoire, tout en aboutissant à des résultats très différents. L’un reste sur une trajectoire soutenable. L’autre non.
En l’absence d’un cadre permettant d’observer cette évolution, ces divergences restent invisibles — et ne peuvent donc pas être gouvernées.
Ce qui est frappant, c’est que cette transition est souvent acceptée comme inévitable.
Elle ne l’est pas.
Les promoteurs qui définissent, suivent et ajustent les trajectoires en phase d’accumulation se retirent lorsque les participants commencent à percevoir un revenu.
La capacité à gouverner existe.
La question est de savoir pourquoi elle n’est pas mise en œuvre.
La contrainte pratique — et l’opportunité
Cela ne signifie pas que les promoteurs doivent mettre en place des stratégies entièrement personnalisées pour chaque participant. Une telle approche serait coûteuse, complexe et poserait des questions légitimes quant à la frontière avec le conseil financier.
Mais il existe un large espace entre une personnalisation totale et l’absence complète de supervision.
La véritable question n’est pas de savoir si les promoteurs peuvent résoudre parfaitement la décumulation, mais s’ils peuvent faire mieux que l’absence actuelle de gouvernance.
Des actions sont possibles dans le cadre des structures existantes.
Premièrement, maintenir les participants dans l’environnement du régime autant que possible. Les dispositifs de décaissement intégrés (par exemple, les FERR collectifs) constituent une base à partir de laquelle la gouvernance peut s’exercer. Sans cela, la visibilité est perdue au moment de la retraite.
Deuxièmement, mettre en place un cadre de suivi des résultats dans le temps.
Cela ne nécessite pas de conseil personnalisé, mais la capacité d’évaluer, de manière structurée, l’évolution des résultats et leur cohérence avec les objectifs du régime.
En pratique, cela pourrait prendre la forme de processus de gouvernance périodiques — par exemple, des revues trimestrielles s’appuyant sur des indicateurs standardisés de soutenabilité des revenus.
Ces indicateurs peuvent inclure :
- la probabilité de maintenir un niveau de revenu donné
- la dégradation des résultats par rapport aux attentes
Au niveau du régime, cela permet de visualiser la répartition des risques.
Au niveau individuel, cela met en évidence les situations où les trajectoires commencent à diverger.
Il est important de souligner que cette approche ne supprime pas le choix. Les participants conservent leur autonomie de décision. La gouvernance vise à rendre les résultats visibles, compréhensibles et suivis.
Au-delà d’une approche ponctuelle
Une grande partie des pratiques actuelles en décumulation repose sur des décisions prises à un instant donné :
- un niveau de revenu est fixé
- un portefeuille est sélectionné
- une projection est produite
Or, la décumulation n’est pas statique.
Les résultats évoluent sous l’effet des marchés, des comportements et du temps. Une trajectoire jugée appropriée au moment de la retraite peut ne plus l’être par la suite.
Un cadre de gouvernance doit intégrer cette dynamique.
Sans suivi continu, la gouvernance reste liée aux décisions initiales plutôt qu’aux résultats qu’elles produisent.
Introduire un suivi continu permet de modifier la question : il ne s’agit plus seulement de savoir si une stratégie était appropriée au départ, mais si elle le demeure au fil du temps.
Réagir lorsque les trajectoires divergent
Le suivi soulève naturellement une question : que faire lorsque les trajectoires commencent à diverger?
La réponse n’a pas besoin d’être complexe.
Dans de nombreux cas, il peut s’agir d’une communication plus claire — par exemple, en mettant en évidence les implications des niveaux de retrait ou des conditions de marché. Dans d’autres, cela peut impliquer d’ajuster certaines hypothèses ou de faire évoluer les orientations.
L’objectif n’est pas d’éliminer toute dispersion. Une certaine variabilité est inévitable.
L’objectif est de s’assurer qu’elle est visible, comprise et prise en compte.
Clarifier les rôles et les responsabilités
L’extension de la gouvernance à la phase de décumulation permet de clarifier les rôles.
Les promoteurs et instances de gouvernance :
- définissent le cadre
- fixent les indicateurs
- supervisent les résultats
Les prestataires :
- assurent la modélisation et les rapports
Les participants :
- conservent leur pouvoir de décision
Cela permet de préserver la frontière avec le conseil financier, tout en évitant que les résultats ne soient laissés sans suivi.
Une évolution inévitable
De plus en plus d’indices suggèrent une évolution des attentes.
À l’international, les évolutions réglementaires et sectorielles mettent l’accent non seulement sur la conception des solutions de retraite, mais aussi sur la manière dont les résultats sont suivis et démontrés dans le temps.
Le Canada ne fera probablement pas exception.
La question n’est pas de savoir si le système fonctionne pour certains participants.
Il s’agit de savoir s’il fonctionne de manière constante — et si cela peut être démontré.
Conclusion
Les régimes à cotisations déterminées ont réussi à institutionnaliser la gouvernance en phase d’accumulation.
À la retraite, cette gouvernance disparaît en grande partie.
La conséquence n’est pas un manque de choix, mais un transfert de risque — d’un système conçu pour le gérer vers des individus censés le supporter.
Si la soutenabilité des revenus n’est pas mesurée, suivie et réévaluée dans le temps, alors elle n’est pas gouvernée — quelle que soit la qualité de la conception initiale.
La décumulation est devenue le point où la gouvernance s’arrête, plutôt que celui où elle est le plus nécessaire.
La question pour les promoteurs n’est plus de savoir s’ils peuvent soutenir un revenu de retraite —
mais bien s’ils sont à l’aise avec la mesure dans laquelle ils ne le font pas aujourd’hui.
Johan Kriek
Founder, Quantum Leap

Johan Kriek works in the field of retirement income sustainability and defined contribution (DC) decumulation governance. His work focuses on how plan sponsors, trustees and governance bodies can better evidence the long-term sustainability of member retirement outcomes, particularly for members who do not actively engage with retirement decisions.
He has spent several years researching the interaction between longevity risk, investment risk and withdrawal behaviour, and how these factors influence retirement income durability at the individual member level. His interests include decumulation pathway design, governance frameworks, outcome monitoring and the evolving expectations placed on retirement plan overseers as DC systems mature globally.
Johan writes and speaks on retirement income sustainability, governance of decumulation pathways, and the practical challenges of ensuring appropriate outcomes for heterogeneous member populations. His work aims to support informed, evidence-based discussion within the retirement industry.