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Le risque non modélisé dans les régimes de retraite à cotisations déterminées
Générer de meilleurs résultats en épargne-retraite grâce à la recherche et à une bonne gestion du comportement humain
Pour de nombreux Canadiens, planifier sa retraite peut ressembler à se préparer à piloter un avion sans n’avoir jamais pris de leçons de pilotage. Nous avons une idée générale de la manière dont tout devrait se dérouler et nous avons observé d’autres personnes le faire, tant dans la réalité qu’en théorie, mais nous ne l’avons pas encore fait nous-mêmes.
Lorsque nous préparons notre retraite, nous avons tendance à nous concentrer sur ce qui nous semble concret. Dans un régime de retraite à cotisations déterminées, il s’agit de la phase d’accumulation. Les cotisations, la sélection des placements et le rendement des marchés sont au cœur des préoccupations. C’est comme si nous avions étudié la météorologie au lieu de la mécanique aéronautique.
Depuis des années, les discussions sur le rendement des régimes de retraite à cotisations déterminées tournent invariablement autour des mêmes facteurs : la volatilité des marchés, l’inflation, la diversification et la longévité. Nous élaborons des modèles, testons des hypothèses en simulant des crises, suivons les rendements et rajustons le cap. Ce sont les risques que nous comprenons le mieux.
Or, dans la plupart des organismes responsables des régimes de retraite, les registres des risques racontent une histoire légèrement différente.
Comprendre le comportement et les motivations des participants
Parallèlement aux risques relatifs aux placements et aux risques opérationnels, des notions plus difficiles à quantifier prennent de plus en plus d’ampleur : le rôle du comportement humain et le fait que les résultats sont tributaires non seulement des marchés, mais également des décisions prises par chaque personne intervenant dans le régime de retraite.
Dans certains organismes responsables des régimes de retraite, ce n’est plus qu’une simple théorie. C’est un fait officiellement reconnu que les décisions quotidiennes, l’hésitation, l’incompréhension ou l’inaction font partie intégrante de l’environnement de risque lui-même et qu’il est impossible de les en dissocier. Cette réalisation commence à faire son chemin dans les cadres de gestion des risques et il s’agit d’un changement important.
En effet, la plupart des participants ne considèrent pas leur régime de retraite comme un système, mais plutôt comme une suite de moments.
Adhérer au régime. Choisir une option de placement. Décider de renoncer aux contributions volontaires. Vérifier le solde après une chute du marché. Rechercher des moyens de transformer l’épargne en revenus.
Chaque décision peut paraître anodine, mais au fil du temps, on peut observer que ce n’est pas le cas. Un montant de cotisation qui ne change jamais. Un passage aux liquidités en période de volatilité. La procrastination dans la recherche de conseils. Un plan de décaissement qui semble prudent, mais qui érode peu à peu le revenu à long terme. Aucune de ces décisions n’est inhabituelle. En fait, elles sont prévisibles et c’est précisément là où nous voulons en venir.
Si les modèles de comportement sont prévisibles, le risque qu’ils engendrent n’est pas aléatoire, il est structurel. Or, une fois que quelque chose est structurel, cela devient un enjeu de gouvernance.
Planification stratégique et conception de régimes plus souples
Les régimes de retraite à cotisations déterminées ont toujours fonctionné selon un modèle de responsabilité partagée, c’est-à-dire que les promoteurs conçoivent le régime et les participants prennent les décisions. Le rendement généré est un mélange des deux.
Cet équilibre commence toutefois à changer ou, du moins, à être remis en question.
L’idée qu’un régime puisse être considéré comme bien géré si la majorité des participants a du mal à s’y retrouver est de plus en plus mal acceptée. Proposer un large éventail d’options n’est plus considéré, en soi, comme la preuve d’un régime solide.
Plus de choix peut entraîner plus de risques. Non pas parce que les options sont mauvaises, mais parce que le fardeau de la prise de décision devient plus lourd.
D’un point de vue fiduciaire, la question n’est plus seulement de savoir si les bonnes options existent. Il s’agit de savoir si les participants sont réellement en mesure de les utiliser à bon escient.
Il s’agit d’une norme différente et plus difficile à appliquer. Elle nécessite que nous voyions le comportement non pas comme une variable externe, mais comme un élément intrinsèque du profil de risque du régime. Elle nécessite de se demander où les décisions risquent le plus d’échouer et pourquoi cela est le cas.
Cette nouvelle notion met également en évidence la phase de désaccumulation. Les régimes de retraite sont depuis longtemps articulés autour de l’accumulation, c’est-à-dire aider les participants à épargner et à investir, en plus d’encourager la croissance à long terme. Toutefois, c’est à la retraite que l’incertitude devient réelle et que les participants des régimes à cotisations déterminées doivent prendre un tout autre ensemble de décisions. Ils doivent notamment déterminer les montants à décaisser, le nombre d’années sur lequel doit s’échelonner leur épargne, s’il faut privilégier la souplesse ou la stabilité, ou l’interprétation à donner au risque lorsqu’il y a moins de temps pour se remettre d’une perte importante.
Ces questions sont tout sauf simples. Pourtant, elles sont souvent abordées de manière moins structurée que lors de la phase d’accumulation qui les précède.
Des objectifs similaires, mais des résultats différents?
Des recherches menées au Canada, notamment des études de l’Agence de la consommation en matière financière du Canada, ont révélé que le citoyen moyen n’a qu’un niveau modeste de littératie financière et de confiance en soi lorsqu’il s’agit de prendre des décisions importantes concernant son épargne et sa retraite.
Parallèlement, les aspirations en matière de retraite sont remarquablement cohérentes dans toutes les tranches d’âge et tous les niveaux de revenus, tous genres confondus. Les Canadiens veulent passer beaucoup de temps avec leur famille et leurs proches pendant leur retraite, dans des endroits qu’ils aiment, en bénéficiant d’un revenu qui dure et qui peut s’adapter aux besoins futurs en matière de soins et de soins médicaux. De nombreux Canadiens espèrent également laisser de l’argent derrière eux, soit au profit des membres de leur famille, soit pour soutenir des causes qui leur tiennent à cœur.
Les objectifs sont clairs, mais le chemin pour les atteindre ne l’est pas, et la capacité des Canadiens à définir la manière dont ils atteindront leurs objectifs varie considérablement.
Néanmoins, il est difficile d’ignorer les modèles de comportement. Les participants à un régime, bien qu’ils aient une situation et des besoins très différents, prennent souvent des décisions similaires, parfois en contradiction avec ce qui pourrait leur être le plus utile à long terme.
Certains décaissent trop prudemment, tandis que d’autres se versent trop tôt un revenu viager. Certains retardent leurs décisions, soucieux de garder toutes les portes ouvertes, tandis que d’autres s’en désintéressent, peu confiants quant à leur espérance de vie. Ces comportements ne sont pas irrationnels, ils sont humains et ils mettent en évidence une lacune.
Repenser la responsabilité par rapport au risque comportemental
Si un régime est conçu pour soutenir les participants tout au long de leur retraite, mais que ces derniers ne bénéficient d’aucun soutien pour prendre les décisions les plus importantes, le risque comportemental n’est pas géré, il est absorbé.
C’est là que la gouvernance commence à évoluer. Dans certaines organisations, les pratiques de gestion des risques vont déjà dans cette direction. Il ne s’agit pas d’éliminer des choix, mais de reconnaître que la manière dont les décisions sont structurées, planifiées et soutenues a une incidence directe sur les résultats. On accorde de plus en plus d’importance à cerner le moment dans le parcours du participant où le risque est concentré et à comprendre quand le désintéressement est le plus probable. Par la suite, il n’y a qu’à faire concorder la communication et les outils avec ces moments, plutôt que de les répartir uniformément dans le temps.
Les limites de l’éducation sont également mieux comprises. La littératie financière est importante, mais elle ne supplante pas les tendances comportementales. Même les participants informés peuvent retarder leurs décisions. Même les investisseurs expérimentés peuvent réagir aux fluctuations du marché. Le savoir, bien qu’utile, n’élimine pas le risque.
L’approche qui semble la plus prometteuse combine structure et soutien en privilégiant des chemins clairement tracés, des écarts mûrement réfléchis et des conseils qui coïncident avec les moments où les décisions sont prises, au lieu de survenir des mois ou des années avant (ou, pire, après!). Sans être spectaculaires, ces changements sont tout de même profonds, puisqu’ils témoignent que l’on abandonne l’hypothèse selon laquelle les participants optimiseront leurs propres résultats s’ils disposent de suffisamment d’informations, pour, au lieu, privilégier la notion que la conception et la gouvernance du régime jouent un rôle plus actif que ce que l’on croyait dans l’obtention de ces résultats.
Cela ne change en rien la nature des régimes de retraite à cotisations déterminées. Les participants prendront toujours des décisions et les résultats varieront toujours. Par contre, cela change la définition de la réussite. Un régime n’est plus jugé uniquement sur la qualité de ses options ou l’efficacité de sa gestion. Il est de plus en plus jugé sur la mesure dans laquelle ces éléments se traduisent par des résultats raisonnables pour les personnes qui l’utilisent.
Le risque lié aux régimes de retraite à cotisations déterminées ne commence pas et ne se termine pas avec les marchés et les rendements. Il est présent dans chaque décision prise au quotidien par les participants. Être conscient de ceci n’entraîne pas uniquement un changement dans la manière de voir les choses, c’est également un changement dans la responsabilité.
Tyler Hopson
Director, Marketing, Communications & Brand, Plannera
Tyler Hopson is the Director of Marketing, Communications & Brand at Plannera, responsible for corporate relations, member education initiatives, marketing and communications. Tyler has spent two decades working in communications, stakeholder engagement and government relations at all levels of government, as well as in media relations and journalism. He previously worked for a multinational company in the mining sector with oversight for Indigenous Engagement across Canadian operations, helping to increase procurement from Indigenous-owned businesses by hundreds of millions of dollars over a seven-year timeframe. Tyler holds a Master of Journalism degree from the University of British Columbia and a Bachelor of Arts degree from the University of Regina, as well as a Certificate in P2 from the International Association of Public Participation (IAP2).
