the observer logo

Articles d'intérêt

Avant-propos du Global Risk Institute

Par Contribution du Global Risk Institute(GRI)
mai 20, 2026


Ce numéro de l'Observateur marque le 50e anniversaire de l’ACARR, qui représente les administrateurs et les promoteurs de régimes de retraite au Canada en matière de politique et de défense des systèmes de revenu de retraite. Lorsque l’ACARR a commencé ses activités, Pierre Trudeau était premier ministre, la Tour CN venait d’ouvrir ses portes et Montréal accueillait les Jeux olympiques d’été de 1976. Les gestionnaires de caisses de retraite étaient aux prises avec l’inflation, les répercussions persistantes du choc pétrolier de 1973-1974 et la montée du sentiment séparatiste provincial. Aujourd’hui, nous nous trouvons à nouveau dans une période difficile. Ce qui distingue le moment présent, ce n’est pas seulement le changement, mais la vitesse, l’ampleur et l’interdépendance des risques qui le façonnent. Ces conditions sont en train de redéfinir fondamentalement la manière dont le risque lié aux régimes de retraite doit être compris et géré.

Le paysage de la gestion des régimes de retraite a largement dépassé le simple cadre des calculs actuariels. Aujourd’hui, la gestion des risques n’est plus un simple exercice de reporting accessoire ; c’est la discipline centrale qui transforme une promesse financière en sécurité pour toute la vie. C’est aussi, de plus en plus, une capacité stratégique qui guide la gouvernance, façonne les décisions d’investissement et sous-tend la résilience de l’ensemble du régime.

Dans l’ensemble du secteur financier canadien, un thème récurrent s’est dégagé, comme le montre l’enquête de GRI sur les perspectives de risque dans les services financiers canadiens[1] : les approches traditionnelles de la gestion des risques sont mises à l’épreuve par des forces plus interconnectées et moins prévisibles que par le passé. Les risques familiers évoluent et de nouveaux apparaissent, mais une base solide en matière de gestion des risques – étayée par des données, de la recherche et de la formation – fournit les outils dont les administrateurs et les promoteurs de régimes de retraite ont besoin pour les évaluer et les gérer efficacement. Cela est d’autant plus vrai que nous sommes confrontés à une polycrise, c’est-à-dire à la convergence de multiples chocs interconnectés qui s’amplifient mutuellement.

Ce numéro anniversaire explore ce que signifie élargir le champ d’application de la prudence, en passant d’une vision du risque centrée sur les fonds à une vision axée sur les résultats. Pour les hauts dirigeants des plus grands fonds canadiens, le défi consiste à relier les tendances macroéconomiques — du changement climatique à l’évolution démographique de la main-d’œuvre en passant par les bouleversements technologiques — à leurs responsabilités en matière de gouvernance. Les articles de ce numéro mettent en avant l’expertise de la communauté de l’ACARR et renforcent le rôle de l’association en tant que forum de partage de connaissances et de conseils pratiques. Dans leur ensemble, ils reflètent une évolution plus large de la réflexion sur le risque, qui met davantage l’accent sur la résilience, l’adaptabilité et la prise de décision en situation d’incertitude.  

Si les responsabilités fondamentales, telles que la gestion de la volatilité, de l'écart de suivi, des taux de capitalisation et de la conformité réglementaire, restent essentielles, une approche axée sur les résultats exige qu'une attention accrue soit accordée aux facteurs comportementaux, à la transition climatique, à la conception démographique et à la gestion de la phase de décaissement.

Plusieurs articles examinent le risque lié à la gouvernance. « Fonds de rentes dynamiques » met en évidence la charge croissante en matière de gouvernance à laquelle sont confrontés les administrateurs, due à la complexité technique et à la nécessité d’une plus grande clarté des rôles. « Agir seul, agir collectivement »  souligne que si la responsabilité fiduciaire s’exerce collectivement, la responsabilité individuelle incombe aux personnes qui exercent un jugement indépendant. Ensemble, ces perspectives soulignent qu’une gouvernance efficace dépend non seulement de la structure, mais aussi d’un jugement éclairé soutenu par une solide culture du risque. Dans ce contexte, les risques émergents tels que l’intelligence artificielle, les cybermenaces et la dépendance vis-à-vis de tiers élargissent le champ de la surveillance, exigeant des conseils d’administration qu’ils soient bien informés et renforçant la nécessité que cette compréhension imprègne l’ensemble de l’organisation.

En matière d'investissement, l'ère du rééquilibrage automatisé cède la place à celle du jugement éclairé par l'expérience. « Gérer les risques systémiques émergents »  souligne l'importance d'une réflexion à l'échelle du système, tandis que « La gestion du risque au-delà des manuels » met en avant le rôle des cadres conceptuels fondés sur l'expérience par rapport à la prédiction. « Les conflits internationaux en tant que risque de gouvernance » souligne la nécessité d’intégrer explicitement le risque géopolitique dans la conception des portefeuilles. « Renforcer la résilience » illustre comment les détenteurs d’actifs canadiens traitent le risque comme un langage commun à travers les investissements, les opérations et la gouvernance, tandis que « Bâtir un portefeuille résilient » souligne l’importance d’ancrer la gestion des risques comme un état d’esprit organisationnel partagé. Ces perspectives renforcent la prise de conscience croissante que le risque d’investissement est indissociable de l’environnement économique et géopolitique plus large.

Ce numéro témoigne également d’un débat plus mûr autour des risques climatiques et des critères ESG. L’article « Mesurer juste, mais viser faux » préconise d’aller au-delà des simples indicateurs de carbone pour s’orienter vers des tableaux de bord climatiques plus complets, en reconnaissant le changement climatique comme un risque financier systémique. Les articles « La décarbonation crée de la valeur »  et « Anticiper les risques climatiques »  soulignent que la décarbonisation devient de plus en plus un impératif financier à mesure que la réévaluation des actifs s’accélère. « Des régimes de retraites, pas de la politique » réaffirme que les décisions ESG doivent rester ancrées dans les limites fiduciaires et dans une matérialité financière démontrable.

C'est peut-être sur le plan humain que l'évolution est la plus significative.  « Le risque non modélisé dans les régimes de retraite à cotisations déterminées » examine comment les comportements peuvent compromettre les résultats en matière de retraite. Cela revêt une importance particulière au moment de la retraite, où l'étude « Les retraités des régimes CD : entre le marteau et l’enclume » met en évidence les lacunes en matière de gouvernance au stade du décaissement. « Fonds de rentes dynamiques » explore des approches visant à convertir l'épargne en un revenu viager durable grâce à la mutualisation des risques, tandis que « Façonner les résultats en matière de retraite » examine les écarts entre les sexes en tant que risque de gouvernance et de main-d'œuvre, préconisant le rôle des données et de la conception des régimes pour garantir que « qui prendra sa retraite avec quoi » reflète les valeurs de l'organisation.

Les questions réglementaires occupent également le devant de la scène.« Réduction des risques liés aux régimes de retraite canadiens » met en lumière les risques liés à l’achat de rentes de rachat, tandis que « Comment les régimes de retraite des secteurs public et parapublic peuvent-ils faire face à certains risques ? » explore des stratégies visant à renforcer la confiance et à protéger les participants. « Passage de l’Europe au cycle de règlement T+1 » décrit les implications opérationnelles du raccourcissement des délais de règlement et la nécessité d’une meilleure préparation. Ensemble, ces articles soulignent l’importance croissante de la résilience opérationnelle et de la gestion proactive des risques.

Alors que nous nous tournons vers les 50 prochaines années, ce numéro anniversaire propose une feuille de route. Les risques auxquels sont confrontés le système de retraite canadien, et le secteur financier plus largement, deviennent de plus en plus complexes et interdépendants. Mais notre capacité à les comprendre et à y répondre l’est tout autant. Renforcer l’intégration de la gestion des risques dans la gouvernance et la prise de décision sera essentiel pour obtenir des résultats résilients dans un monde de plus en plus incertain.



1Canadian Financial Services Risk Outlook Survey 2026 - Global Risk Institute


Auteur : Contribution du Global Risk Institute (GRI)

Le Global Risk Institute in Financial Services (GRI) est la principale organisation canadienne spécialisée dans la gestion des risques, le leadership éclairé et les analyses exploitables. En réunissant des acteurs du secteur privé, des représentants du gouvernement et des universitaires, le GRI transforme les informations sur les risques mondiaux en stratégies concrètes qui renforcent la résilience du secteur financier canadien.