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Prolongation de l’espérance de vie : la longévité, un véritable risque pour les régimes de retraite

par Richard Brown, consultant en longévité et Ian Edelist, chef de la direction de Club Vita Canada

En début d’année, The Lancet (http://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736 (16)32381-9/abstract) a fait les manchettes en publiant une étude sur l’espérance de vie prédisant que les femmes de la Corée du Sud seront les premières à vivre, en moyenne, jusqu’à l’âge de 90 ans. Les chercheurs de l’étude ont utilisé des méthodes statistiques pour prédire l’espérance de vie des personnes qui naîtront en 2030 dans différents pays.

Selon cette étude sur la longévité, les Canadiennes qui naîtront en 2030 vivront en moyenne jusqu’à l’âge de 87 ans; le Canada se classe ainsi au 10e rang sur 35 pays développés, devant le Royaume-Uni (au 21e rang) et les États-Unis (au 27e rang). Chez les hommes, les Canadiens font bonne figure avec une espérance de vie moyenne de 84 ans; ils se classent ainsi au 4e rang, loin devant les Britanniques (au 14e rang) et les Américains (au 26e rang).

La longévité grandissante est une bonne nouvelle pour la population mondiale. Elle représente toutefois un risque important pour les promoteurs de régimes de retraite, du fait qu’elle est un facteur déterminant du coût d’un régime de retraite.

À quelle vitesse l’espérance de vie augmente-t-elle?

Entre 1970 et 2010, l’espérance de vie a augmenté de cinq ans chez les Canadiens qui prenaient leur retraite à l’âge de 65 ans et d’un peu plus de quatre ans chez les Canadiennes retraitées. Selon les hypothèses émises par les actuaires canadiens du secteur des régimes de retraite, cette progression devrait toutefois ralentir au Canada au cours des prochaines années.

Les actuaires estiment, par exemple, que l’espérance de vie des hommes qui partent à la retraite à l’âge de 65 ans n’augmentera que de 0,9 an au cours de la prochaine décennie. En comparaison, cette augmentation était de deux ans entre les années 2000 et 2010. Du côté des États-Unis et du Royaume­-Uni, les actuaires prévoient aussi une progression moins rapide de l’espérance de vie, quoiqu’un peu moins marquée.

Les deux tableaux ci-dessous présentent l’évolution de l’espérance de vie, selon les prévisions des actuaires canadiens, britanniques et américains.




Notes : Les tableaux ci-dessus font état des espérances de vie par année civile en tenant compte d’améliorations de la mortalité découlant des hypothèses suivantes : Canada – Table de mortalité CPM en combinaison avec l’échelle d’amélioration de la mortalité CPM-B. É.-U. – Table de mortalité de base des rentiers en santé RP2014 avec échelle d’amélioration de la mortalité MP-2014. R.-U. – Table de mortalité de base S2PA avec échelle d’amélioration de la mortalité CMI2014 et taux d’amélioration ultime de 1,5 %.


Les résultats sont frappants. Bien que les retraités canadiens vivent actuellement plus longtemps que leurs homologues des États-Unis et du Royaume-Uni, les promoteurs de régimes de retraite canadiens s’attendent à un revirement de situation d’ici dix à vingt ans. D’ici 2050, les retraités américains devraient vivre plus longtemps que leurs homologues canadiens. Les retraités britanniques devraient, pour leur part, vivre de deux à deux ans et demi plus longtemps que leurs homologues canadiens d’ici 2070.

Absence d’un modèle universel

Tout comme ces trois pays devraient connaître une progression de l’espérance de vie distincte de leur population, on s’attend à ce que les régimes de retraite expérimentent des taux différents. En dépit de ces attentes, le Canada utilise une série d’hypothèses unique en matière de longévité, alors que les actuaires du Royaume­-Uni disposent d’un cadre plus large à l’intérieur duquel ils peuvent choisir des taux adaptés à chaque régime.

Que se passerait-il si l’espérance de vie des Canadiens augmentait plus rapidement que prévu? Si on se fie aux hypothèses de chaque pays, l’augmentation de l’espérance de vie devrait être plus importante au Royaume-Uni qu’au Canada. Les assureurs canadiens exposés au risque de longévité des retraités (p. ex., par l’entremise de rentes collectives) suivent la situation de près. Ils ont non seulement tendance à utiliser des hypothèses différentes de celles des actuaires des régimes de retraite, mais doivent aussi cumuler un capital supplémentaire dans l’éventualité où les retraités vivraient plus longtemps que prévu.

Il est entendu qu’une sous-estimation du risque de longévité aurait une incidence marquée sur le passif des régimes. Par exemple, si l’espérance de vie des retraités canadiens atteignait celle estimée au Royaume-Uni, le passif d’un milliard de dollars du régime de retraite augmenterait d’environ 50 millions de dollars (5 %). Les assureurs canadiens doivent envisager la possibilité que ces taux progressent plus rapidement que prévu. Ils doivent aussi s’assurer d’être en mesure d’assumer une augmentation de passif de 70 millions de dollars pour un total de 120 millions de dollars (12 %), par rapport aux hypothèses formulées actuellement par le secteur canadien des régimes de retraite.

Gérer le risque de longévité

C’est l’augmentation du passif, due à l’incertitude qui entoure la prolongation de l’espérance de vie, que les gestionnaires de régimes de retraite, les comités de retraite et les conseils d’administration doivent étudier avant de transférer le risque de longévité aux assureurs. Ont-ils les moyens d’assumer une hausse de leur participation, si le passif devait augmenter de 12 %?

L’accroissement de la longévité constitue la prochaine frontière de la recherche sur les régimes de retraite canadiens. Pour gérer ce risque, les régimes de retraite doivent commencer par déterminer les risques auxquels ils seraient exposés si les retraités devaient vivre plus longtemps que prévu, puis demander aux actuaires s’ils devraient appliquer les hypothèses utilisées à l’échelle des régimes de retraite canadiens ou les adapter en fonction des participants de leur régime. Le temps est venu de débattre de la question.

 



    Richard Brown FCIA FSA CFA

    Consultant en longévité 
    Club Vita Canada





Richard Brown est consultant en risque de longévité pour le compte de Club Vita Canada Inc., une filiale en propriété exclusive d’Eckler Ltd. Il offre des services d’analyse de la longévité au secteur des régimes de retraite canadien et il supervise les activités de recherche et de modélisation en matière de longévité de Club Vita Canada. Il compte plus de dix ans d’expérience à titre de consultant en gestion du risque auprès de promoteurs de régimes de retraite, et il est Fellow de l’Institut canadien des actuaires et de la Society of Actuaries, ainsi qu’analyste financier agréé (CFA®).
 



    Ian Edelist, FCIA FSA
    C
hef de la direction 
    Club Vita Canada





Ian Edelist est le chef de la direction de Club Vita Canada; à ce titre, il est responsable de diriger l’orientation stratégique de la société et de guider sa vision afin de pousser le secteur à adopter des techniques d’analyse avancées de la longévité au Canada. Il est également conseiller principal à Eckler Ltd., et chef du service Secteur public d’Eckler à Toronto. Il possède de vastes connaissances sur la longévité, sur la manière dont elle affecte la viabilité des régimes de retraite et la sécurité des prestations, ainsi que sur l’importance de disposer de meilleures données sur la longévité et d’outils de gestion du risque plus performants.